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Manga & Anime

Blue Period ou peindre pour exister

Les plus talentueux sont ceux qui sont fidèles à eux-mêmes. Car l'art ne s'exprime pas avec des mots.

Blue Period

Blue Period de Tsubasa Yamaguchi est le manga à suivre de toute urgence ! Sa première saison, adaptée, sur Netflix, par le studio Seven Arcs est une belle réussite et sort des sentiers battus. Si Jujutsu Kaisen ou encore Dan Da Dan rencontrent un succès énorme auprès du public, Blue Period fait aussi partie des belles surprises de ces dernières années.

Ce seinen, tranche de vie est un véritable bol d’air frais. Loin des combats épiques, Blue Period c’est un peu le nouveau Paradise Kiss d’Ai Yazawa. Ce manga nous raconte le quotidien de Yatora Yaguchi un jeune lycéen tout à fait ordinaire. A la différence que pour Yatora, tout semble lui sourire. Excellent élève, entouré d’amis cools, il avance sans effort dans sa petite vie de lycéen.

Mais alors qu’il doit choisir sa future université, Yatora doute. Son problème ? Il n’a pas de passion. Pourtant, au détour d’une salle de classe, le jeune homme tombe sur la magnifique peinture de Maki, une lycéenne du club d’art. Ému, Yatora comprend donc que l’art c’est plus que du dessin, c’est aussi se raconter et transmettre des émotions. Il n’a alors en tête plus qu’une seule ambition : intégrer une école d’art.

Blue Period - Tsubasa Yamaguchi
Yatora face au tableau de Maki, représentant des anges

Une quête existentielle…

Yatora Yaguchi le protagoniste de Blue Period, prend à contrepied le rôle du parfait étudiant japonais. Il excelle dans ses études sans réel enthousiasme et suit tranquillement le chemin tout tracé que la société attend de lui. Pourtant, c’est bien un grand vide existentiel qui l’oppresse au quotidien. Sa première rencontre avec l’art sera alors le déclic vers un chemin initiatique inattendu.

L’un des points forts de Blue Period est sa capacité à montrer l’art comme un langage universel et personnel à la fois. Plus qu’une simple tranche de vie, le manga nous apporte un bol de fraîcheur et d’émotions. Il nous expose les failles de son héros avec une honnêteté déconcertante. Yatora ne cache ni ses larmes, ni ses vulnérabilités. Cette transparence fait écho à une humanité brute qui fait du bien, surtout dans un pays dont la culture a pour habitude de cacher ses sentiments.

Car les obstacles sont nombreux pour Yatora entre pression sociale et doutes personnels. Certains de ses proches s’inquiètent de son choix d’intégrer une école d’art, et préfèrent qu’il choisisse une filière prestigieuse et sécurisante. Un sujet qui peut parler à beaucoup de jeunes mais aussi aux adultes où trouver sa voie est un réel défi entre attentes de la société et passion.

Mais Yatora est aussi confronté à ses propres doutes : est-il capable de réussir dans l’art ? Peut-il rattraper son retard face à ses camarades qui dessinent depuis l’enfance ? Yatora oscille entre confiance et découragement, une dualité qui le rend profondément humain et attachant.

Blue Period - miroir brisé
Yatora devant un miroir brisé, devant se faire face pour améliorer son art

…et artistique, la période bleue de Yatora

Blue Period est avant tout un manga sur l’art et pour la petite anecdote, le titre du manga renvoie à la période bleue de Pablo Picasso. Cette période représente pour l’artiste espagnol une période triste et pleine de remise en question où le bleu dominait ses oeuvres. A la manière de Picasso, Yatora traverse sa « période bleue » et cherche sa voie même si, heureusement, celui-ci ne partage rien d’autre en commun avec le peintre controversé.

Contrairement à l’idéalisation d’un art purement instinctif et spontané, Blue Period montre que la création artistique est un mélange d’inspiration, de technique et surtout de travail. Yatora qui découvre tardivement la peinture, doit tout apprendre et partir de zéro. Tsubasa Yamaguchi nous dépeint un héros rigoureux et exemple de discipline qui passe ses journées à travailler et essayer de nouvelles techniques.

Il sait que la compétition qui l’attend est féroce pour intégrer les grandes écoles. Blue Period décrit donc avec justesse le parcours difficile d’admission aux écoles d’art japonaises. La technique ne suffit pourtant pas et Yatora doit aller dans ses retranchements personnels pour ouvrir son regard sur le monde et le transmettre à travers son art.

Notre héros se retrouve plusieurs fois confronté à l’angoisse de la toile vide ou encore la peur de ne pas être à la hauteur. Ces difficultés rejoignent le quotidien de beaucoup d’entre nous et nous renvoient à nos propres doutes. C’est un manga inspirant et qui aborde des thèmes sensibles et modernes sans sombrer dans l’excès.

"Yuka", personnage non-binaire et véritablement intéressant en compagnie de Yatora
"Yuka", personnage non-binaire et véritablement intéressant en compagnie de Yatora

Une approche originale et moderne

Sens de l’existence, passion, identité… de nombreuses thématiques traversent Blue Period. Ce manga met en avant les liens qui unissent Yatora aux autres. D’autant que sans les autres, Yatora ne peut évoluer. Et c’est ce sur quoi Blue Period nous amène à réfléchir. Comprendre autrui et se comprendre. S’attarder sur les personnes qui nous entourent, sur des moments du quotidien, des endroits qui donnent du sens à notre existence. Car la beauté réside là où ne l’attend pas.

Les personnages secondaires de Blue Period ne sont pas en reste. L’oeuvre offre une diversité de personnalités rafraîchissante. Ryuji « Yuka » Ayukawa, artiste sensible et en quête d’identité de genre incarne les doutes d’une nouvelle génération. Yotasuke Takahashi, prodige introverti, illustre le contraste entre talent naturel et manque de confiance en soi. Les professeurs et autres camarades de Yatora (Hashida, Kuwana, Mori…) représentent différentes approches de l’art mais aussi de la vie.

Ce rapport aux autres, la mangaka le met notamment en valeur par une approche des plus originales. En effet, Tsubasa Yamaguchi invite dans chaque tome amis, collègues et étudiants d’écoles d’art à contribuer en dessinant les tableaux des protagonistes dans le manga. Ces collaborations apportent une variété graphique intéressante. On y découvre des styles divers et variés qui donnent une touche unique aux tomes.

Yatora et ses amis, c’est un peu de nous, cette part qui se cherche encore et toujours. Mais qu’importe où nous allons, n’est-ce pas finalement le voyage qui compte ?

Quid de l’adaptation Netflix ?

L’adaptation de Blue Period, diffusée sur Netflix en 2021 et produite par le studio Seven Arcs, reste fidèle en grande majorité au manga et n’hésite pas à l’approfondir. C’est un magnifique complément qui sublime le manga. La bande-son et le doublage apportent une dimension émotionnelle intéressante, et rend plus dynamique certains passages un peu longs du manga. L’anime est une très bonne introduction à l’univers du manga, même si le format papier reste plus détaillé.

🟢 On adore :

  • Les thèmes modernes abordés et qui vont au-delà des thèmes des seinen habituels
  • Des personnages terriblement humains et attachants
  • Une approche de l’art détaillée qui saura ravir les amateurs

🔴 On aime moins :

  • Des descriptions et techniques longuement détaillées qui peuvent sortir de l’intrigue
Manue Moon
Author: Manue Moon

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